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 Stamford ou les joies de la campagne

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Sasha Winthrope

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MessageSujet: Stamford ou les joies de la campagne   Jeu 24 Mai - 20:57

Stamford…

Son église, sa boulangerie, son marché et sa boutique de fleurs… Un petit coin de campagne perdu au fin fond de l’Angleterre. Trou perdu pour certains, havre de paix pour d’autre…

Tout en arrosant l’un des magnifiques gardénias qui faisaient la réputation de cette modeste boutique de campagne dans toute la région, Sasha laissa son regard se perdre dans le feuillage verdoyant qui protégeait les délicates fleurs blanches de ses plantes favorites. C’était jour de marché sur la place centrale et elle avait déjà sorti sur le parvis du magasin toutes les plantes que sa patronne espérait vendre ce jour là.
Elle leva le nez vers le ciel espérant y voir quelques trouées plus claires dans l’amoncellement gris qui n’annonçait rien de bon.
Sa patronne, Madame Jones, une petite femme replète à la chevelure grisonnante et au sourire chaleureux, la rejoignit pour l’aider à finir de mettre les fleurs en place avant l’arrivée des clients.

- Sasha, mon petit, j’ai croisé Madame Mac Donald en arrivant ce matin. Elle m’a dit que sa fille passerait en fin de matinée pour chercher sa fougère. Avez-vous réussi à la sauver ?

La jeune femme sourit en retirant quelques fleurs flétries cachées dans le feuillage.

- Oui, Madame. Pour la seconde fois ce mois ci. Je l’ai mise sur le comptoir en arrivant ce matin.

Madame Jones se pencha par la porte de la boutique pour voir la plante et fronça les sourcils.

- Je ne la…

Elle s’interrompis et ouvrit des yeux ronds en repérant enfin la fougère. Elle qui cherchait les quatre malheureuses tiges rabougries que lui avait confié sa voisine, elle avait eu du mal à faire le rapprochement avec la luxuriante touffe verte qui trônait sagement sur son comptoir.

- Sapristi ! Je ne m’y ferai jamais…

Elle sourit. Elle était toujours surprise des miracles que sa petite employée était capable de faire avec les plantes en tout genre… Et avec les humains, ajouta t’elle in petto en voyant ce vieux grincheux de Colonel Mansfield saluer la jeune femme avec un grand sourire puis lui adresser, à elle, un bonjour revêche.
La journée se passa tranquillement. Madame Jones savait qu’elle pouvait parfaitement compter sur le dévouement de Sasha pour gérer les clients les plus exigeants et, de plus en plus régulièrement, elle confiait sa précieuse boutique aux bons soins de la jeune femme toute une journée. Avec l’âge qui la rattrapait elle était bien contente de pouvoir prendre un peu de repos de temps à autre.
Bien qu’il y ait plus de quatre ans qu’elle l’avait engagée Madame Jones ne savait que peu de chose sur sa jeune employée. Elle savait qu’elle vivait seule non loin de là et que sa maison était reconnaissable entre mille par l’abondante végétation qui l’entourait. Elle savait également qu’elle avait été fiancée. Elle se rappelait un jeune homme brun, avec un air sûr de lui à la limite de l’arrogance, qui venait chercher la jeune femme après son travail de temps à autre. Leur histoire avait duré un long moment mais le jeune homme était parti un an auparavant pour épouser la fille d’un riche entrepreneur de Birmingham. Et, tout en regardant la jeune femme servir l’une de ses plus vieilles clientes, elle réalisa qu’elle ne savait rien de plus sur elle. Pourtant Sasha était une crème de douceur, agréable, souriante, elle avait toujours un mot gentil pour chacun.

- Dites Sasha ?
- Oui Mrs Jones ?
- Vous allez rentrer seule ce soir ?
- Bien sûr !

Sasha rit. Son adorable patronne se faisait toujours du souci pour elle. Trop parfois.

- Ce n’est pas prudent, jeune fille. Par les temps qui courent surtout. Vous avez entendu, il y a un fou dans la région qui assassine les femmes seules.

La jeune femme leva les yeux au ciel, c’était reparti pour un tour…

- Vous prenez votre sécurité trop à la légère, mon petit. De mon temps une jeune fille ne sortait pas sans chaperon. A votre âge, j’étais déjà mariée depuis longtemps…
- Je sais tout ça Madame Jones.

Lui répondit Sasha en souriant paisiblement.

- Ne vous en faites donc pas tant pour moi. Que voulez vous qu’il m’arrive à Stamford ? Au pire, le chat de l’abbé Nichols va me ronfler dessus parce que j’aurais fait fuir la souris qu’il convoitait.
- Ne plaisantez pas ainsi… On raconte que plusieurs jeunes femmes ont disparues dans les environs de Birmingham.
- Madame Jones, j’habite à cinq minutes de la boutique. Ah au fait, je ne vous ai pas demandé ce que votre nièce a pensé de l’agencement que nous avions fait pour ses noces ?


Sasha avait l’art de détourner une conversation tout en douceur et madame Jones se retrouva entraînée sur un tout autre sujet et elle fermèrent la boutique ensemble en devisant sur le bien fondé de la présence des lys dans un bouquet nuptial.
Elles se saluèrent sur le pas de la porte tandis que Madame Jones rejoignait son mari à l’étage au dessus de la boutique.
Une fois la vieille dame rentrée chez elle, Sasha leva de nouveau le nez vers le ciel en souriant doucement. Il n’avait pas plu finalement et la jeune femme pris le chemin de sa maison dans les rues désormais désertes de la petite ville.
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Shane Briggs

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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Sam 26 Mai - 11:49

Shane s’arrêta enfin de courir et laissa tomber son sac sur le sol avant de poser ses mains sur ses genoux pour reprendre son souffle. Depuis qu’il avait traversé le pont de chemin de fer, il avait fait pas mal de chemin en longeant les quais. Il lui faudrait une bonne heure pour rentrer à la forge, en espérant que son maître ne le chasse pas après la journée qu’il avait manquée. Soupirant, il se remit en route presque mécaniquement, l’esprit hanté par le souvenir de son oncle qu’il avait retrouvé mort sur le sol de son atelier. En passant près de la gare où se trouvait ce qui avait été le bureau de Joshua, il lui promit de perpétuer son oeuvre et d’arriver un jour à voler avec ce réacteur à vapeur dont ils rêvaient tous deux.

Arrivé devant la porte massive de la forge McAllister, il hésita quelques secondes avant de pousser le battant et d’entrer. Il laissa ses yeux s’habituer à la pénombre et s’approcha du rude gaillard qui était son maître d’apprentissage. Ce dernier se retourna, pensant qu’un client était entré, mais fronça les sourcils en posant ses gros poings sur ses hanches en reconnaissant son apprenti.

- J’ai dû expliquer à Monsieur Barton qu’ses pièces seraient pas prêtes avant demain. Inutile de dire qu’il a pas été ravi...
- Elles seront prêtes et je m’excuserai auprès de lui, maître.

Le forgeron hocha la tête avant de reprendre son travail et ajouta:

- Désolé pour ton oncle. Tu peux rester dormir ici si tu veux.

Shane savait que le géant n’appréciait guère les remerciements et n’ajouta donc rien, se sentant soulagé. Il posa ses affaires dans un coin à l’écart du brasier avant de se changer, de prendre ses outils et d’enfoncer une barre de métal dans la braise rougeoyante. Il lui fallut une bonne partie de la nuit pour terminer la commande de Barton et il finit par aller se coucher sur une vieille paillasse après s’être débarbouillé, mais ne trouva pas le sommeil.

Lorsque le forgeron revint vers 5 heures, Shane frappait comme un sourd sur un morceau d’acier chauffé au rouge. McAllister grogna dans sa moustache et arracha le marteau de la main de son apprenti avant qu’il ne donne un nouveau coup.

- Tu vas m’foutre en l’air ce bel acier, imbécile!

Le jeune homme resta ainsi sans bouger, hébété et haletant. Le forgeron soupira en déposant le marteau sur l’enclume et se dirigea sur un établi où il pris un paquet avant de revenir vers Shane auquel il donna une petite claque pour qu’il reprenne ses esprits. Il sursauta et posa sur son maître un regard incrédule.

- Tiens, t’iras apporter ça à une vieille cousine à Stamford. J’devais y aller moi-même, mais je l’apprécie pas vraiment et ça t’changera les idées. Elle s’appelle Eleanor Smith.

McAllister tendit le colis à Shane qui le prit en acquiesçant, encore un peu ailleurs.

- L’train part dans une heure, voilà ton ticket. Et traîne pas en chemin.

Shane ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais la referma, gardant ses questions pour lui. Il ignorait où se trouvait Stamford et n’en avait d’ailleurs jamais entendu parler. De même que la cousine de son maître dont il réalisa qu’il ne savait presque rien. Il connaissait son épouse qui venait parfois à la forge, une forte femme, épaisse et bourrue comme son mari. Il savait qu’ils avaient deux filles... ça s’arrêtait là. Il alla se laver et passa ses vêtements de ville, une chemise en lin écru, des pantalons, une veste et une casquette de grosse toile grise. Il prit une petite bourse avec quelques économies qu’il fourra dans sa poche avec le billet de train et sortit après avoir salué le géant, sans oublier le paquet.

D’aussi loin qu’il se souvienne, c’était la première fois qu’il prenait le train. C’était un comble lorsque l’on vivait si près d’une gare. Il y entra d’ailleurs et se dirigea vers le guichet pour se renseigner sur son voyage. Peu après, il monta dans un wagon presque vide et s’installa à la fenêtre, le paquet dans le filet au-dessus de lui, sa veste et sa casquette accrochés à une patère.

Le voyage dura plusieurs heures et il dût changer une fois de convoi avant d’arriver à destination. Il en profita pour admirer le paysage de cette campagne verdoyante qu’il ne connaissait pas. Il ne vit guère le temps passer et faillit manquer son arrêt. L’après-midi débutait et la journée était magnifique. Il demanda au chef de gare s’il savait où habitait Madame Smith, mais ce dernier l’ignorait et lui conseilla d’aller demander à un commerçant sur la place du marché. Après l’avoir remercié, le jeune homme traversa la rue pour se diriger vers ladite place et entra dans le magasin de fleurs en retirant sa casquette. Il se racla la gorge en approchant de la jolie vendeuse et dit avec son accent cockney:

- Bonjour! S’cusez moi, j’aimerais un renseignement. Vous savez où habite Madame Eleanor Smith?
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Sasha Winthrope

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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Sam 26 Mai - 19:10

Sasha leva le nez vers le clocher de l’église, de l’autre côté de la place, tout en tournant la clé dans la serrure de la boutique. Les cloches ne tarderaient pas à sonner huit heures. Elle sourit doucement en voyant les habitants de Stamford qui se retrouvaient pour assister à l’office du matin. L’abbé Nichols tenait à sa messe matinale mais seuls les plus âgés des habitants y assistaient quotidiennement. Pour sa part, Sasha, se contentait d’assister à l’office du dimanche. Non qu’elle ne soit pas croyante, mais plus parce qu’elle estimait qu’un sermon par semaine était grandement suffisant à la maintenir dans le droit chemin. Et puis, sans oser l’avouer, elle se fichait un peu de ce que pensaient les gens de son comportement, tant que Dieu, Lui, n’y trouvait rien à redire.

Elle commença sa journée par un arrosage soigné de toute les plantes de la boutique puis se mit à trier les fleurs coupées, retirant celle qui ne seraient plus vendables à la fin de la journée. Elle les retailla puis les remis en place tranquillement en fredonnant doucement. Elle adorait être la première sur les lieux. Elle pouvait prendre son temps, fredonner ou parler aux plantes sans que personne ne la regarde. Elle se sentait différente des gens d’ici et bien qu’elle les apprécie, elle n’arrivait pas vraiment à s’intégrer. Elle se demandait parfois s’il était normal qu’elle n’ait pas envie de rejoindre les Dames du comité de charité le dimanche après midi pour apprendre à broder ou à faire la cuisine comme une bonne future épouse. Elle haussa les épaules. Elle préférait le calme de son jardin à la pelouse impeccable et aux massifs colorés et odorants. Les oiseaux et les papillons y étaient légions et l’enchantaient de leurs couleurs et de leurs chants.

Elle était en train de préparer un bouquet pour une commande quand elle entendit le ronronnement d’Omer. Comme elle s’y attendait elle le sentit bientôt s’enrouler dans ses jambes en ronronnant de plus belle. Puis comme un rituel immuable elle entendit la porte de la boutique s’ouvrir annonçant l’arrivée de sa patronne.

- Bonjour Sasha, quelle belle journée nous allons avoir.
- Bonjour Madame Jones. En effet. Ca fait plaisir à voir. Le soleil commençait à manquer.


Elles continuèrent à deviser gaiement tandis que Madame Jones enfilait son tablier de travail. Les premiers clients ne tardèrent pas à faire leur apparition. Les uns pour chercher une commande d’autres des plants pour leur potager ou des herbes aromatiques. La matinée passa rapidement et comme Sasha prenait toujours un peu de temps pour demander des nouvelles de chacun midi sonna sans qu’elle ait vu le temps couler. Elle déjeuna dans la serre se trouvant à l’arrière de la boutique. C’est là qu’elle choyait les pousses et les boutures des Gardénias qui faisaient la réputation de la petite ville ou les plantes que les clients désespérés lui apportaient comme on emmène une personne à l’hôpital. Elle fut tranquille jusqu’en début d’après midi quand le Colonel Mansfield entra pour récupérer le bouquet qu’il avait commandé pour l’anniversaire de son épouse. Alors qu’elle finissait de le servir, la cloche de la porte d’entrée sonna l’avertissant de l’arrivée d’un nouveau client. Une fois qu’elle eu raccompagné le colonel à la porte de la boutique elle regarda le jeune homme s’avancer vers elle. Elle fut impressionnée par sa stature. Il n’était pas forcément très grand pour un homme, bien qu’il ait presque une demi tête de plus qu’elle, mais il était très large d’épaule et les coutures de sa veste semblaient souffrir à chacun de ses mouvements. Elle lui offrit un de ses délicieux sourire.

- Bonjour Monsieur
- Bonjour! S’cusez moi, j’aimerais un renseignement. Vous savez où habite Madame Eleanor Smith?
- Madame Smith…Oh oui bien sûr. Elle vit en dehors de la ville, au nord. Ce n’est pas très compliqué.

Sasha approcha de la porte de la boutique de sa démarche légère et chaloupée et lui montra une rue dehors.

- Alors, en sortant d’ici, vous prenez la rue en face, à droite de la gare, vous traversez la voie de chemin de fer puis vous prenez la deuxième à gauche. Après la troisième maison de brique rouge vous prenez à droite puis encore à droite à la fontaine. Là, vous allez arriver à la sortie de la ville. Vous suivre le chemin pavé sur cinq cent mètre puis vous prenez le deuxième chemin de terre sur la gauche, vous en aurez un sur la droite avant mais prenez bien le deuxième à gauche APRES celui sur la droite…

Toute à son explication elle ne regardait pas le jeune homme, agrémentant son itinéraire de gestes gracieux qui faisaient danser les longues mèches de ses cheveux dans son dos. Elle se tourna enfin vers lui pour voir s’il suivait et elle rit doucement en mettant sa main devant sa bouche en voyant sa mine déconfite.

- En fait…ce n’est peut être pas si simple…Si cela vous tente, je vous accompagne, je dois de toute manière aller chez Madame Smith pour lui ramener Rachel.
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Shane Briggs

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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Dim 27 Mai - 17:34

Shane esquissa un léger sourire en réponse à celui, radieux, de la fleuriste. Il la trouvait déjà jolie avant, mais après ça... il ne se souvenait pas avoir jamais vu si beau visage. Et cette voix grave si douce! La joie et la bonté qu’elle dégageait lui mettait du baume au coeur et il se félicita d’être entré dans cette boutique plutôt qu’une autre sur la place. De même qu’il remercia son maître de l’avoir envoyé à sa place. McAllister était un brave type sous ses airs de géant tyrannique et c’était un bon patron. En plus de lui offrir une bonne formation, il proposait au jeune homme de partager le repas de midi que lui confectionnait sa femme, sans contrepartie et sans grever un penny sur l’honnête paie qu’il lui donnait. Pour ce qui était du travail, il était dur mais juste et pas grand chose ne semblait pouvoir le faire sortir de ses gonds, tout le contraire du jeune homme impulsif qu’était Shane.

La fleuriste sortit pour lui expliquer le chemin et il la suivit dans la rue, ne manquant pas de remarquer sa démarche envoûtante. Cette fille-là devait avoir bien des prétendants si elle n’était pas déjà mariée. Mais elle ne devait pas l’être, sinon elle l’aurait repris lorsqu’il l’avait appelée mademoiselle. Il tenta de suivre ses explications, mais le trajet sembla plutôt complexe et les mouvements gracieux de la jeune femme, couplés à son manque de sommeil finirent de dissiper sa concentration. Il se sentit un peu idiot lorsque la fleuriste rit en voyant son expression et il tenta de faire bonne figure en l’accompagnant, son rire à lui sonnant tout de même un peu faux.

Lorsqu’elle lui proposa de l’emmener jusqu’à la demeure de Madame Smith, son coeur bondit dans sa poitrine et il espéra que cela ne se voyait pas. Elle avait décidément réussi le tour de force de lui redonner le moral. Mais il ne voulait pas la déranger et s’apprêta à refuser lorsqu’il s’entendit répondre:

- Eh ben... c’est pas d’refus, c’est vraiment gentil d’vot’ part, Mam’zelle.

Il n’en revenait pas. Etait-ce la fatigue, le trouble qu’elle lui avait inspiré ou le destin? Il n’en savait fichtre rien, mais finalement il en fut plutôt content, bien qu’il ne se reconnût plus sur le coup. Il réalisa en plus qu’il était en train de triturer nerveusement sa casquette et il fut soulagé lorsqu’elle lui dit qu’elle devait prévenir sa patronne, mais qu’elle n’en aurait que pour quelques minutes. Cela lui laisserait le temps de reprendre un peu contenance. Il répondit qu’il l’attendrait sur un des bancs de la place et ne la quitta pas des yeux alors qu’elle retira son tablier en entrant dans le magasin, appelant sa patronne.

Shane attendit que la porte soit close avant de se diriger d’un pas lent vers le banc, observant la place quelques instants puis s’assis. Décidément cette fille n’était pas comme les autres, ou du moins celles qu’il connaissait. Elle avait le don de mettre de bonne humeur, sans faire grand chose. Sortant de sa rêverie, il prit un petit carnet et un crayon dans sa poche et se mit à peaufiner le croquis d’une machine à vapeur miniature, à laquelle il travaillait avec son oncle.
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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Dim 27 Mai - 23:05

Sasha sourit une dernière fois au jeune homme. Elle le voyait maltraiter sa pauvre casquette de ses grandes mains musclées depuis qu’elle avait essayé de lui expliquer où vivait Madame Smith. Elle se dit qu’il devait être timide et se promis d’essayer de le faire se détendre. Après tout elle n’avait jamais mordu personne mais bien sûr il ne le savait pas et peut être était il méfiant à force de vivre dans une grande ville. Pourtant avec la carrure qu’il avait, il devait plus en imposer qu’être du genre impressionnable. Elle secoua doucement la tête en souriant puis se retourna vers la boutique pour prévenir sa patronne qu’elle allait chez Madame Smith. Tout en marchant, elle commença à défaire son tablier de ses mains fines. Elle entra dans la boutique en appelant.

- Madame Jones ?!... Madame Jones ?

Elle la trouva qui sortait de la serre et la rejoignit tranquillement pour lui demander si elle voyait un inconvénient à ce qu’elle rapporte sa plante à Madame Smith plus tôt que prévu. Elle expliqua que le jeune homme qui était entré un peu plus tôt cherchait justement à se rendre chez la vieille dame et qu’il serait plus simple qu’elle l’accompagne puisqu’elle avait de toute façon à faire là bas. Comme elle s’y attendait sa patronne la laissa partir. L’après midi était calme et les clients plutôt rare ce jour là. Madame Jones n’aurait aucun souci à assurer le service.

Sasha ne pu néanmoins échapper à un énième sermon sur la sécurité et sur la bienséance qu’elle n’écouta que d’une oreille distraite en se retenant tout de même de lever au ciel. Elle écouta sa patronne d’un air religieux, les mains sagement croisées devant elle, en promettant la plus grande prudence avant de filer dans l’arrière boutique pour remettre de l’ordre dans sa tenue.
Elle plia soigneusement son tablier avant de le ranger dans son casier et se regarda dans la grande psyché de la pièce qui servait de vestiaire. Elle rajusta sa tenue et remit quelques mèches de cheveux en place avant de se traiter intérieurement de coquette et de filer. Il y avait longtemps qu’une balade dans la campagne ne lui avait paru aussi attrayante.

Emportant la scolopendre de Madame Smith avec elle, elle sortit de la boutique pour rejoindre le jeune homme qui l’attendait, comme promis, sur un banc de la place centrale. Elle profita du court trajet qui la séparait des bancs pour l’observer. Il était penché sur un petit calepin, concentré sur ce qu’il écrivait. Ses cheveux roux en bataille ne devaient pas avoir vu un peigne depuis un certain temps, son visage était séduisant.

Sasha sourit intérieurement, il avait l’air d’un voyou avec sa casquette et son air fermé, mais ça n’effrayait pas la jeune femme qui avait cessé de se fier aux apparences depuis la rupture de ses fiançailles. Paul, son ex-fiancé semblait bien sous tout rapport, distingué, élégant, de bonne famille. Il n’avait jamais un mot plus haut que l’autre en public. Elle avait eu confiance. Sasha secoua de nouveau la tête pour chasser ces sombres pensées dont elle ne voulait plus et retrouva son sourire serein. La journée était magnifique et, contre toute attente, le jeune homme semblait d’agréable compagnie sous ses airs renfrognés.

Elle approcha sur le côté, veillant à entrer dans son champ de vision pour ne pas le surprendre mais elle avait visiblement sous estimer son niveau de concentration.

- Nous pouvons y aller, dit elle en souriant.
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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Lun 28 Mai - 14:09

Shane n’avait suivi que l’école élémentaire, mais grâce aux conseils et aux expériences faites avec son oncle, il touchait sa bille dans le domaine des machines à vapeur. Tous les soirs ou presque, depuis l’âge de 5 ans, il regardait Joshua dessiner des plans, faire des calculs ou construire ses inventions, jusqu’à ce qu’il eût l’âge de comprendre et d’expérimenter ses propres idées.

Le dimanche après la messe, alors que d’autres allaient au parc pour pique-niquer, l’ingénieur et son neveu se rendaient sur la voie désaffectée qui partait d’un vieux hangar à wagons et terminait sa course 1 kilomètre plus bas, dans un terrain vague. C’était l’endroit parfait pour voir comment réagissait une nouvelle chaudière ou une invention plus fantaisiste. Bien entendu, leurs essais n’étaient pas toujours couronnés de succès et les riverains ne s’inquiétaient plus d’entendre des sifflements étranges, voire des explosions, ce qui n’entamait jamais le moral des deux compères qui passaient là leurs plus belles journées.

L’étude d’une machine à vapeur miniature dont les esquisses se trouvaient dans le carnet que le jeune homme avait emporté avec lui à Stamford était le dernier et ambitieux projet de son oncle et il mettait un point d’honneur à tout faire pour le mener à terme. Il était en train de coucher sur papier ses dernières réflexions à ce sujet lorsque la fleuriste revint.

- Nous pouvons y aller, dit elle en souriant.

Il sursauta presque au son de sa voix et se leva vivement, refermant le calepin pour le remettre dans sa poche, de même que le crayon. Il rajusta sa casquette et esquissa un sourire gêné.

- Désolé j’étais ailleurs... J’vous suis.

Elle se dirigea vers la rue à droite de la gare et il marcha silencieusement à ses côtés. L’esprit encore accaparé par ses calculs, il ne fit pas attention que la jeune femme portait un grand pot. Son regard se perdait au hasard des rues, sur les jolies bâtisses de pierre et leurs jardins proprets. Il se demandait si les quartiers chics de Londres ressemblaient à cela.

La fleuriste engagea à nouveau la conversation et ils parlèrent de tout et de rien, du quartier d’où venait Shane, de quand il était arrivé à Stamford, de la vie paisible à la campagne, de la pollution de Londres qui cachait jusqu’aux étoiles la nuit, du chant des oiseaux dont la jeune femme ne pourrait se passer... Le temps passait rapidement tandis qu’ils marchaient tranquillement jusqu’au cottage de Madame Smith.

Au bout d’un moment, le jeune homme finit par remarquer la plante qu’elle ne cessait de redresser et s’écria:

- Hé mais j’ai vraiment aucune éducation! Laissez-moi porter c’pot, Mam’zelle!

Il s’excusa en prenant la scolopendre qui semblait n’avoir aucun poids pour lui et la cala sous son bras, prenant soin de la garder bien droite. Il s’étonna que la frêle jeune femme puisse porter un pot si lourd sans même s’en plaindre. S’il s’était agit de sa tante, elle lui aurait déjà fourré dans les bras sans lui demander son avis. Il réprima une grimace à cette pensée et continua de cheminer, s’émerveillant du nombres d’oiseaux qui gazouillaient dans les nombreux arbres qui bordaient la route.


Dernière édition par Shane Briggs le Mar 29 Mai - 10:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Lun 28 Mai - 16:21

Sasha regarda le jeune homme se lever vivement et s’excusa de l’avoir surpris. Il semblait tendu et préoccupé. Elle attendit patiemment qu’il ait fini de ranger ses affaires pour se mettre en route tout en lui souriant toujours. Rachel, la scolopendre de Madame Smith pesait son poids et la jeune femme devait souvent redresser la plante qui avait la fâcheuse tendance de lui glisser des mains.

Le début du trajet se passa silencieusement, le jeune homme semblait encore perdu dans ses pensées et au départ Sasha n’osa pas troubler ses réflexions. Mais rapidement son naturel bavard repris le dessus et elle engagea de nouveau la conversation d’une voix enjouée, lui demandant d’où il venait, ce qu’il faisait, comment il trouvait sa petite ville de campagne. Ca devait vraiment le changer de la capitale. On lui avait dit qu’elle avait habité Londres quand elle était enfant, mais elle n’en avait aucun souvenir et la grande cité ne lui évoquait que de sombres cauchemars dont elle refusait de se souvenir.

Au fil du trajet elle senti le jeune homme qui commençait à se détendre, elle lui parla des gens, des maisons et petit à petit ses réponses se firent moins laconiques, son sourire plus affirmé.

Sasha s’étonna quand il lui proposa de porter le pot, ce n’est pas Paul qui l’aurait proposé et la jeune femme se serait bien garder de lui demander de l’aide de peur de l’entendre se plaindre tout le long du trajet qu’il allait froisser sa veste, qu’elle voulait sa mort à le faire trimer comme un mulet, que la vieille folle n’avait qu’à venir elle-même chercher « sa salade ». Elle lassa Shane lui prendre le pot des mains et sourit de le voir porter la plante comme si elle ne pesait pas plus qu’un ballot de laine.

Elle le remercia et, alors qu’ils reprenaient leur marche, elle réalisa qu’elle ne s’était pas présentée. Elle remédia aussitôt à cet impair, lui tendant sa petite main fine avec un radieux sourire. Il n’eut même pas à poser Rachel pour la serrer. Elle lui présenta également Rachel, souriant malicieusement en attendant sa réaction. Elle aimait bien tester les gens à ce sujet. Certains s’offusquaient que l’on puisse donner un nom à une plante verte mais bien que cela semblait l’avoir surpris, le jeune homme n’émit aucun jugement sur la santé mentale de la propriétaire et cela toucha beaucoup la jeune femme. Sasha savait que la vieille dame était parfaitement saine d’esprit. C’est juste qu’elle était un peu excentrique et qu’elle aimait bien choquer les bonnes gens. En cela elle rappelait beaucoup à la jeune femme Tante Natacha.

Il venaient de sortir de la ville et s’engageaient dans la campagne verdoyante. Les près se couvraient de flaques de toutes les couleurs et les premiers papillons voletaient tranquillement autour d’eux. Le moindre arbre faisait un repère merveilleux pour une foule d’oiseaux à la recherche du meilleur endroit pour construire leur nid. Sasha souriait et s’enivrait du parfum de l’herbe tendre que la brise printanière faisait bruisser doucement. Pour la première fois depuis très longtemps elle n’avait pas envie que le trajet prenne fin.

Chemin faisant il continuèrent de discuter de la présence du jeune homme aussi loin de chez lui. Sasha apprit qu’il n’était que de passage et qu’il repartirait le lendemain par le premier train. Sans trop savoir pourquoi cela la désola lui arrachant un discret soupir de déception qu’elle cacha très vite sous un lumineux sourire. Soudain elle réalisa que le jeune homme allait passer la nuit à Stamford. Seulement il n’y avait pas d’auberge en ville, ni hôtel. La ville n’était pas un lieu particulièrement touristique.

- Il n’y a pas d’auberge à Stamford. Où allez vous passer la nuit ?

Sasha comprit aussitôt que le jeune homme n’avait nulle part où loger et qu’il n’avait même pas prévu la chose. Alors, faisant preuve d’une spontanéité que la plupart des gens de la ville trouvaient criminelle, elle l’invita chez elle. Après tout, sa maison était grande pour une personne seule et elle avait un chambre d’invité toujours prête alors qu’elle n’avait ni famille ni amis.

- Si cela vous tente, dit elle. J’ai une chambre d’invité... vous pourriez en profiter. Entendons nous bien, je ne vous propose rien d’indécent. Vous aurez une chambre, un peu d’eau pour vous rafraîchir...et en échange vous me tiendrez compagnie pour le dîner.

Elle serait sûrement l’objet de commérages pendant les trois prochains mois, mais la jeune femme s’en moquait éperdument. Comment tous ces gens faisaient-ils pour dormir sur leur deux oreilles alors que le jeune homme resterait toute la nuit sur un banc de la gare sous la pluie et dans le froid glacial qui pouvait tomber la nuit ?
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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Mar 29 Mai - 10:35

Shane appréciait la conversation avec la jeune femme. Lui qui n’était pas des plus bavards, le voilà qui répondait à ses questions avec des phrases de plus en plus longues, donnant des détails sur son métier de forgeron, le quartier industrieux qu’il habitait… il fit même mention de son oncle Josh et de la passion qui les unissais tous deux.

Lorsqu’elle se présenta, elle lui tendit sa jolie main, fine et douce. Il fit attention de ne pas la serrer trop fort, se disant qu’elle devait trouver la sienne bien rêche. Il se demanda d’où venait le prénom de la fleuriste, qui n’avait pas une consonance anglaise, mais mit cette question dans un coin de son esprit et oserait peut-être lui en reparler plus tard. Quand au nom donné à la plante, il haussa un sourcil étonné et failli éclater de rire, mais se ravisa de justesse. Il ne voulait pas la blesser, ni manquer de respect à Madame Smith. Il commençait à comprendre pourquoi McAllister ne portait pas sa cousine dans son cœur et il redoutait de plus en plus de la rencontrer, surtout qu’il ignorait ce que le petit paquet contenait.

La traversée de la ville se fit bien trop vite à son goût, tant il appréciait la compagnie de Sasha, toujours si optimiste et joyeuse. Cependant, il cru discerner un léger soupir lorsqu’il lui indiqua qu’il devait rentrer le lendemain chez son patron et, bien que cela l’étonna, il dût admettre que cela lui faisait grandement plaisir. En effet, elle était bien la première à lui porter une telle attention, sans rien chercher en retour. Et toujours ce sourire… il devait se concentrer pour ne pas le fixer sans arrêt et gêner la fleuriste avec ses regards insistants.

Shane fut touché lorsqu’elle s’inquiéta de le voir dormir dehors. Il sourit en haussant les épaules.

- C’est pas grave, j’dors n’importe où et la forge c’est pas vraiment l’palace non plus.

Il avait effectivement expérimenté bien moins confortable qu’un banc propre dans un coin tranquille et, si ça se trouvait, il y aurait même une écurie avec de la paille propre près de la gare. Lorsqu’elle s’étonna qu’il n’ait pas de logement à Londres, il répondit:

- Plus d’puis deux jours... J’dormais dans l’bureau d’mon oncle Josh, mais il est mort. Mon patron m’laisse rester au boulot l’temps que j’me trouve quelque chose, mais j’ai pas encore eu l’temps d’chercher.

Avec cette fille, il avait presque oublié son chagrin. Une ombre passa dans son regard qu’il détourna quelques instants, puis soupira.

- Je l’aimais bien.

Il marchèrent un peu en silence, puis il failli manquer de souffle lorsque la jeune femme l’invita à dîner et lui proposa de le loger. Déjà qu’à Londres les gens jasaient vite, mais il se doutait qu’ici, où tout le monde devait se connaître, ce serait encore pire. Il lui fit part de ses craintes, mais elle répliqua qu’elle n’avait que faire des ragots, dépeignant un portrait sans concession de la populace de la petite ville. Le jeune homme sourit légèrement, se disant qu’elle n’avait décidément pas la langue dans sa poche et, à nouveau, il s’entendit accepter sa proposition, ajoutant qu’il ne serait sans doute pas de très bonne compagnie au dîner. Il rit doucement quand elle l’assura qu’elle parlerait pour deux. Il n’en doutait pas une seconde et s’en réjouit, il allait pouvoir boire ses paroles et se laisser bercer par elles encore quelques heures. Cette perspective le remit de bonne humeur.
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Sasha Winthrope

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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Mar 29 Mai - 22:08

Sasha fut désolée d’apprendre que le jeune homme venait de perdre son oncle et vue l’ombre qui traversa son regard quand il lui parla de son défunt parent elle comprit qu’il l’aimait beaucoup. Shane ne semblait pas le genre d’homme à faire étalage de ses sentiments et le changement dans on regard lui suffit pour comprendre qu’il devait être très proche de son oncle.
La jeune femme ne savait jamais trop quoi dire dans ce genre de circonstances, les mots lui semblait tellement inopportuns, tellement vains, tellement en dessous de ce qu’elle voulait exprimer. Aussi, se contenta t’elle de glisser sa petite main dans celle du forgeron et de la serrer doucement, espérant par ce geste lui apporter un peu de réconfort. Elle lui sourit doucement puis retira sa main en réalisant qu’elle avait encore agit sans réfléchir et qu’à force elle risquait d’importuner le jeune homme avec sa spontanéité qui paraissait si souvent déplacée aux habitants de Stamford.

Il la regarda avec des yeux ronds comme des billes alors qu’elle lui proposait de l’héberger. Elle failli rire de le voir si surpris. Pas pour se moquer mais visiblement le jeune homme n’avait pas l’habitude qu’on lui tende la main. La chaleur humaine se faisait rare dans ce monde, pourtant le besoin de solidarité se faisait de plus en plus cruellement ressentir en ces temps de guerre et de misère.

Elle apprécia qu’il s’inquiète de sa réputation et des commérages que son geste allait sûrement susciter. Mais Sasha avait été honnête avec Shane, elle se moquait éperdument de ce que pouvaient penser les habitants de Stamford. Tous ces braves gens prônaient la charité, ils se réunissaient en comité pour aider les «défavorisés» mais quand une personne avait simplement besoin d’un toit, ils s’égosillaient et criaient au scandale. Qu’ils mettent donc en pratique leurs grands préceptes avant de critiquer. Elle le regarda et ajouta en souriant d’un air malicieux.
- Au pire l’abbé Nichols fera un sermon dimanche sur la chasteté.

Cela fit rire Shane

- Je n’ai pas peur d’eux, vous savez. Qui sont ils pour me juger ? Le seul jugement dont je tiens compte c’est celui de Dieu et je ne suis pas sûre qu’il serait ravi que je vous laisse dormir dehors avec le froid qu’il peut faire dans nos campagnes alors que j’ai une chambre inutilisée dans ma maison.

Sasha agissait toujours en suivant sa conscience et non les préceptes inculqués par l’église des hommes. Cela lui valait souvent les commentaires désobligeants de certains. Ce ne serait pas la première fois, ni la dernière. La rupture de ses fiançailles faisait encore parfois jaser les gens. Pourtant Sasha remerciait la providence de lui avoir éviter cette bêtise.

Au détour du chemin, ils débouchèrent dans une petite clairière abritée des vents. Sasha indiqua à Shane le cottage de Madame Smith à quelques mètres d’eux. C’était une petite bâtisse de pierre rose couverte de lierre et de fleurs grimpantes. Le toit de chaume bruissait doucement sous la brise printanière. Un petit chemin pavé et bien entretenu menait à la maison. Au milieu du gazon impeccable parsemé de petits massifs d’azalées s’élevait un acacia majestueux qui inondait l’herbe tendre de ses grappes blanches au parfum entêtant.

Sasha entraîna le jeune homme à l’intérieur de la maison. Elle frappa puis, sans attendre de réponse, elle entra en appellent la vieille dame. Ils la trouvèrent de l’autre côté de la maison dans son potager en train de repiquer des salades. Elle fut ravie de revoir la jeune femme et sourit au jeune homme qu’elle lui présenta en lui tendant une main franche et noueuse. Sous ses cheveux blancs se cachait un esprit vif et aussi enjoué que celui de Sasha. C’est sûrement ce qui faisait que la jeune femme se sentait si proche d’elle. Elle fût ravie de voir sa précieuse Rachel en si grande forme.

- Ah Sasha ! Que ferais je sans vous. C’est une bénédiction que vous vous soyez installé ici.

Madame Smith était plus bavarde encore que Sasha, si tant est que cela fut possible et elle insista pour garder les deux jeunes gens pour le thé, leur offrant de délicieux petits biscuits au citron confit. Sasha adorait venir passer un moment avec la vieille dame. Cette dernière avait toujours une histoire à raconter et même si avec l’âge elle mélangeait parfois le passer avec le présent elle n’en gardait pas moins un esprit clair et un regard curieux sur le monde qui l’entourait. Bien sûr elle était un peu excentrique mais cela n’enlevait rien à la justesse de certains de ses commentaires.

Le soleil commençait déjà à décliner quand les deux jeunes gens purent enfin repartir vers la ville.
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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Mer 30 Mai - 17:40

Ils finirent par arriver chez Madame Smith. Shane n’avait pas imaginé qu’il existait pareille maison ailleurs que dans les livres d’enfants. Ces pierres roses étaient irréelles, comme si elles avaient été peintes par quelque artiste romantique. Cette demeure avait véritablement une âme, rien à voir avec la brique austère de Clapham Junction, et s’accordait à merveille avec la personne qui l’habitait.

Eleanor Smith était un petit bout de femme d’une soixantaine d’années, légèrement potelée, au visage souriant et au regard pétillant. Elle faisant partie intégrante du tableau bucolique, avec son grand chapeau de paille, ses gants de jardin et son tablier vert. Le seul trait commun avec son cousin Angus était son nez retroussé. Shane retira sa casquette et lui serra la main en souriant poliment, disant qu’il était enchanté de faire sa connaissance. Madame Smith lui répondit de même en ajoutant qu’elle avait beaucoup entendu parler de lui. Elle rassura le jeune homme, qui se demandait comment il devait le prendre. Son cousin était d’habitude avare de compliments, mais il avait loué le sérieux et l’excellent travail de son apprenti lors de ses précédentes visites. Un léger sourire, mêlant gratitude et fierté étira les lèvres de Shane qui balbutia des remerciements gênés. La vieille dame rit et indiqua au jeune homme qu’il pouvait poser Rachel sur le joli banc de bois verni qui longeait le mur près de la porte.

- Allons, ne restons pas debout! Venez vous asseoir par là, je vais nous faire du thé.

Sasha et Shane s’installèrent à une petite table de rotin au centre du potager, à l’ombre d’une superbe glycine qui s’étalait sur une pergola de bois. Eleanor retira ses gants et son chapeau qu’elle posa sur le banc avant de rentrer dans sa cuisine, où elle mis l’eau à chauffer en chantonnant. Elle revint quelques minutes plus tard avec un plateau où trônaient un belle théière en porcelaine, trois tasses et un sucrier assortis, ainsi qu’une grande boîte à biscuits. Elle posa le tout sur la table, servit ses hôtes et s’assis à son tour.

- Angus m’a prévenue de votre arrivée, mon garçon. J’ai eu le temps de faire quelques petits gâteaux. Mangez-en autant que vous voudrez, ils sont pour vous.
- C’est vraiment trop gentil, M’ame Smith, fallait pas. Ils ont l’air délicieux.

Shane en prit un, puis un autre, confirmant qu’ils étaient excellents. Il se retint d’en prendre de suite un troisième, appliquant les bonnes manières qu’avait tenté de lui inculquer sa tante avant qu’elle ne le chasse de chez elle. Par contre, il n’appréciait guère le thé, mais en but poliment une tasse, sucrant généreusement le breuvage pour en atténuer l’amertume.

Il tendit le petit paquet à Madame Smith qui le remercia avant de l’ouvrir. Elle en sortit une grosse clé bénarde, dont la tige et l’anneau étaient faits de fines arabesques florales du plus bel effet. Le jeune homme haussa un sourcil et esquissa un sourire lorsqu’il y reconnût son travail. McAllister lui avait demandé de façonner cet objet à partir d’une vieille clé rouillée à la tige brisée. Pour une fois, il lui avait dit de prendre son temps après lui avoir dit que sa propriétaire appréciait particulièrement les fleurs. Shane s’était alors appliqué durant une journée entière pour arriver à ce résultat. Eleanor ouvrit de grands yeux admiratifs et tourna la clé dans tous les sens pour regarder tous les détails.

- Par tous les Saints! La clé de mon cabanon de jardin est devenue la clé du paradis!

Le jeune homme se garda de dire qu’il en était l’auteur et assura qu’il porterait les remerciements émus de la vieille dame à son cousin. Ils passèrent une bonne partie de l’après-midi ensemble, Shane dévora les biscuits en écoutant parler les deux femmes et ne prenait la parole presque uniquement lorsque l’on s’adressait à lui. Au moment de partir, le jeune homme remercia la vieille dame de son hospitalité et remis sa casquette alors qu’ils reprenaient la petite allée.

- Cette dame est très sympathique et ses gâteaux valaient bien l’déplacement jusqu’ici, dit-il en riant.

Ils prirent un autre chemin qu’à l’aller, longeant un pré à moutons, leurs ombres se faisant plus longues avec le soleil couchant. Shane se demanda si la demeure de Sasha serait aussi charmante que celle de Madame Smith et sourit en s’imaginant une petite maison couverte de végétation, aussi bien dehors que dedans.
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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Mer 30 Mai - 21:06

- Cette dame est très sympathique et ses gâteaux valaient bien l’déplacement jusqu’ici, dit-il en riant.

Sasha sourit, elle était ravie que le jeune homme semble finalement avoir apprécié sa visite à la vieille cousine de son patron. Elle l’avait senti réticent tout au long du chemin, et le fait de porter ce paquet jusqu’ici avait l’air d’une corvée dont il se serait bien passé. Pourtant elle sentait que les choses avaient changé depuis qu’il avait franchi le seuil de la boutique pour lui demander son chemin en début d’après midi. Elle le sentait plus détendu, il regardait toujours autour de lui mais avait perdu un peu de cet air méfiant qu’ont les gens qui s’attendent à tout moment à une mauvaise surprise. Elle le regarda à la dérobée en se disant que la vie ne devait pas être facile dans la capitale. Ses vêtements étaient propres et solides mais ils avaient connus des jours largement meilleurs. Elle se demandait quelle avait pu être sa vie pour qu’il soit tellement sur la défensive, tellement à l’affût.

Une nouvelle pulsion spontanée la saisit mais elle la réprima bien vite. Elle aurait aimé une fois de plus lui communiquer un peu de cette chaleur humaine qui bouillonnait en elle et qu’elle était si prompte à distribuer. Elle mourrait d’envie de lui prendre de nouveau la main pour qu’il se sente moins seul, pour effacer cette ombre qui parfois passait dans son regard. Une fois de plus elle le regarda à la dérobée, elle aurait aimé qu’il oublie ses soucis l’espace d’un instant.

Elle avait noté l’éclair de fierté qui avait éclairé son regard quand Madame Smith s’était extasiée sur la magnifique clé que lui avait fait parvenir le patron de Shane. Elle aurait mis sa main au feu que c’était le jeune homme qui l’avait façonnée. Elle admirait le travail qu’il avait fait, la patience qu’il avait dû lui falloir pour réaliser l’entrelacs délicat de la tige.

Il était plutôt séduisant avec ses larges épaules et ses grandes mains et il y avait très longtemps qu’elle n’avait pas ressenti ce genre de choses. Rougissant du tour étrange que prenaient ses pensées, elle se racla la gorge et lui montra un oiseau au loin pour tenter de masquer son trouble.

Tout le long du chemin elle veilla à garder une distance respectable avec le jeune homme, en se reprochant son attitude d’écolière et en cherchant à masquer son embarras derrière son sourire et leur conversation. Elle lui posa mille questions sur Londres, la ville, les gens, les coutumes. Elle essayait d’imaginer la cité à travers les descriptions de Shane. Sasha aurait aimé voyager mais quelque chose l’avait toujours retenu. Bien sûr les bonnes mœurs interdisaient qu’une femme seule entreprenne de longs voyages. Ce n’est pas ce qui retenait la jeune femme mais il y avait une différence entre ne pas s’occuper de ce que pensent les gens et prendre des risques inconsidérés. Et puis, elle avait le sombre pressentiment que le jour où elle quitterait Stamford, elle n’y reviendrait jamais.

La nuit était presque tombée quand ils arrivèrent enfin en ville. A cette heure, les rues étaient désertes. Quelques réverbères éclairaient de leur pâle lueur les principaux carrefours de la ville. Ils repassèrent sur la place principale puis s’engagèrent dans une autre partie de la ville pour se diriger vers la maison de Sasha. Ils ne leur fallu que cinq minutes pour arriver devant sa demeure. Une grille de fer forgée assez simple fermait l’accès à un petit jardin devant la maison. La demeure était plus grande que celle de Madame Smith mais on y retrouvait le même esprit avec les murs de brique couvert de roses et de lierre, les massifs de fleurs de toutes les couleurs, le gazon impeccable et le bourdonnement des insectes qui finissaient leur collecte de la journée. Sasha se tourna vers le jeune homme en croisant les mains dans son dos.

- C’est chez moi…

Sans vraiment attendre sa réponse elle ouvrit la belle porte vitrée assez typique des demeures de la région et alluma une lampe à huile posée sur un guéridon de l’entrée. La maison était à l’intérieur comme à l’extérieur. On avait l’impression d’entrer dans une forêt tant les plantes semblaient être les réelles maîtresses de la maison. Il y en avait partout, au sol, pendues au plafond. Certaines avaient poussé en s’enroulant à la rambarde du bel escalier qui desservait l’ étage.

Sasha laissa entrer le jeune homme et s’apprêtait à refermer la porte derrière lui quand elle se figea. Elle scruta la pénombre devant chez elle puis eut un mouvement de recul en portant la main à sa gorge. Elle voulu refermer le battant mais, au lieu de se fermer, il heurta le mur de la maison alors qu’une voix légèrement pâteuse s’éleva.

- Sasha ! Je dois te parler. Il faut que tu compr…

La voix s’interrompit alors que le regard de l’homme qui venait de faire irruption chez Sasha se posait sur Shane.

- Qui est ce ? demanda t’il d’un ton accusateur.

Sasha regarda calmement son ex fiancé. Il était grand et mince, vêtu comme à son habitude à la dernière mode. Ce n’était pas la première fois qu’il débarquait chez elle à l’improviste mais elle n’avait pas envie d’une scène après la délicieuse après midi qu’elle avait passé.

- Un invité, répondit t’elle d’un ton froid mais assuré. Vous n’êtes pas le bienvenu ici, Paul, vous devriez rentrer auprès de votre épouse, elle va s’inquiéter.

L’homme dévisagea Shane le toisant d’un air supérieur, détaillant sa tenue avec un petit reniflement méprisant puis se tourna avec un sourire mesquin vers Sasha, lui attrapant un poignet pour l’entraîner dehors avec lui.

- Dans ton cas on dit plutôt un client. Viens, j’ai à te parler.

Sasha écarquilla les yeux, devenant livide sous l’affront. Elle sera les poings si fort que les jointures de ses phalanges devinrent blanches. Elle se cabra pour ne pas le suivre cherchant à se libérer de sa prise.

- Nous n’avons plus rien à nous dire ! Lâchez moi !


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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Jeu 31 Mai - 20:21

Ils marchaient lentement, Shane respectant la distance honorable que Sasha avait mise entre eux, bien qu’il brûlait de passer son bras autour de ses frêles épaules et sentir contre son flanc la douce chaleur de son corps si harmonieux.

Cette fois, il parla plus qu’elle, répondant à ses innombrables questions. Il raconta ses journées, du réveil à 4 heures pour aller à la forge, du brasier qu’il fallait raviver, de ses repas de midi avec son patron, de son travail qui se terminait vers 19 heures, puis de son retour au bureau de son oncle Josh, avec qui il partageait le dîner et les soirées, voire les nuits entières, à l’aider dans ses expériences... Il se demandait d’ailleurs comment il allait trouver le courage de continuer seul, tellement ces moments partagés étaient précieux. Il expliqua qu’il ne sortait guère, préférant essayer de changer le monde plutôt que d’en parler au pub avec les autres, qui les prenaient de toute manière pour de doux rêveurs, quand ce n’était pas carrément pour des fous. Il narra également la fête nationale au parc de Battersea, où des dizaines de feux d’artifices étaient lancés sur la Tamise, Pancake Day et sa fameuse courses où les jeunes filles devaient lancer une crêpe trois fois en l’air lors du parcours, sans oublier les défilés de la famille royale, dont tous les Londoniens semblaient être friands, mais auxquels il n’avait jamais assisté. Joshua disait, et il était d’accord avec lui, que si le cortège daignait traverser un jour le fleuve et parader dans les quartiers ouvriers, peut-être qu’ils iraient.

Ils arrivèrent chez Sasha et le jeune homme sourit, voyant qu’il ne s’était pas trompé au sujet de sa maisonnette. Il la précéda à l’intérieur, retira sa casquette et sa veste en s’émerveillant de la véritable jungle qu’il découvrit.

Il se retourna vivement lorsque la porte claqua contre la paroi et fronça les sourcils en détaillant l’homme qui s’adressait à la fleuriste sur un ton qu’il n’appréciait pas du tout.

- Qui est-ce? demanda-t-il d’un ton accusateur.
- Un invité, répondit-t-elle d’un ton froid mais assuré. Vous n’êtes pas le bienvenu ici, Paul, vous devriez rentrer auprès de votre épouse, elle va s’inquiéter.

Shane ignorait qui était ce dandy, mais il était ivre, pas le moindre doute à ce sujet. Il suivit la conversation quelques instants, espérant qu’il allait obéir à Sasha et s’en aller.

- Dans ton cas on dit plutôt un client. Viens, j’ai à te parler.

C’en était trop... voilà qu’il l’insultait de la plus lamentable des manières à présent.

- Nous n’avons plus rien à nous dire! Lâchez moi!

Le sang de Shane ne fit qu’un tour, il laissa tomber ses affaires et sortit vivement à leur suite pour attraper le bras de Paul tenant le poignet de Sasha. Il serra pour lui faire lâcher prise et dût se retenir de lui broyer les os, tant il était furieux. Il le prit ensuite par le collet, approcha son visage de celui de Paul et lui chuchota, entre ses dents serrées:

- Vous comprenez pas? Cette dame veut plus vous voir alors fichez l’camp, sinon c’est moi qui vous mettrai dehors, compris?

Il le poussa en arrière d’un geste sec et attendit qu’il s’en aille, restant entre lui et Sasha. Paul regarda Shane d’un air méprisant.

- Toi le gamin, tu devrais apprendre à te mêler de tes affaires, dit-il en défaisant sa redingote. Mais si tu y tiens je peux te donner une correction digne de toi.
- C’est justement mes affaires que d’pas laisser un pauv’ type dans ton genre importuner une dame. Et si tu veux en découdre, j’suis ton homme.
- Ce n’est pas une dame.

Paul regarde Sasha d’un air mesquin puis éclate de rire.

- Qu’est ce que tu crois qu’un traîne-misère crasseux dans ton genre peut me faire? Tu crois me faire peur?

Shane plissa les yeux et retroussa ses manches, dévoilant des avant-bras noueux. La trace de brûlure qui recouvre sa main gauche se faisant plus visible.

- Moi au moins j’gagne ma vie en travaillant honnêtement, mais c’est deux mots qu’tu dois pas connaître..., cracha-t-il en se mettant en garde, lui faisant signe d’approcher.

Paul regarda Sasha par-dessus l’épaule de Shane, la fixant d’un air mauvais.

- Toi, tu ne perd rien pour attendre. Laisse moi le temps de régler son affaire à ton petit ami et nous aurons cette conversation.

Il se mit alors en garde, dans une posture qu’il pensait élégante mais était plus ridicule qu’autre chose. Visiblement il avait pratiqué la boxe dans la salle de sport d’un club privé.

- Arrête donc de causer et viens t’battre, si tant est qu’une autruche dans ton genre sache le faire.

Shane sourit en coin et l’attendit, dans une posture tout sauf académique, mais efficace. Paul approcha en essayant d’impressionner la galerie avec un jeu de jambes qui serait à peu près bien s’il n’avait pas été ivre. Il lança un premier crochet du gauche qui, Ô surprise, s’avéra tout sauf redoutable. Le jeune homme esquiva le coup sans problème et contre-attaqua avec le même coup, efficace celui-là, qui éclata la pommette de son adversaire.

- Ça c’est pour la dame.

Paul fut surpris et tituba vers l’arrière avant de secouer la tête pour se remettre les idées en places.

- Tu as osé porter la main sur moi, malotru!

Paul ré-attaqua vivement, enchaînant plusieurs coups qui se voulaient assez académiques. Shane esquiva le premier, para les suivants de ses avant-bras, mais encaissa le dernier au coin de la mâchoire, sans broncher. Un léger filet de sang s’écoula de la commissure de ses lèvres, qu’il ne sembla pas remarquer et enchaîna avec un uppercut au menton. Paul tituba et s’effondra, presque sonné par le redoutable coup que lui porta Shane.

- Et ça c’est pour le traîne-misère...

Le jeune homme se redressa en fixant le dandy, prêt à recommencer si son adversaire faisait mine d’approcher. Il soupira en se disant que le rêve qu’il avait vécu durant cette journée avait été bien trop beau et que même dans cet endroit merveilleux, les ennuis le poursuivaient.
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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Jeu 31 Mai - 23:12

Sasha était consternée. C’était bien la silhouette de son ex fiancé qu’elle avait aperçu dans l’ombre en voulant fermer la porte. Que venait il faire chez elle une fois de plus. Il devait être là depuis un long moment, tapi dans un coin de son jardin. Elle avait horreur de le savoir chez elle, même s’il ne pouvait pas entrer dans la maison. Elle eu un mouvement de recul quand il franchit le seuil mais aussi une bouffée de colère. Comment osait il s’imposer de la sorte alors que c’est lui-même qui avait rompu leur fiançailles.

Paul était vénal et avait séduit une riche héritière de manière à faire un mariage fructueux mais il avait cherché à revoir Sasha en lui expliquant qu’il l’aimait et voulait continuer à la fréquenter malgré son mariage. Sasha avait refusé tout net mais il ne voulait pas lâcher prise et revenait à la charge régulièrement. De préférence après avoir abusé de boisson alcoolisée.

Elle serra les dents pour ne pas le gifler sous l’insulte qu’il lui assena mais elle se retint, il n’en valait pas la peine. Tout ce qu’elle voulait c’était qu’il sorte de sa vie comme il en avait manifesté le désir en épousant une autre jeune femme.

Elle n’osait regarder dans la direction de Shane par peur de sa réaction. Qu’allait elle lire sur le visage du jeune homme? La déception ? La consternation ? Le mépris ? Son cœur cognait comme un tambour. Elle eut un moment de frayeur quand Paul lui agrippa le poignet pour l’entraîner dehors. Il lui faisait mal et elle savait que ses doigts laisseraient des marques sur sa peau fine mais elle ne lui ferait pas le plaisir d’avoir peur. Elle se débattit et se cabra de toutes ses forces pour lui échapper mais il était plus fort qu’elle et il arriva, sans peine, à la faire sortir de la maison.

Elle sursauta quand la main de Shane s’abattit sans pitié sur le bras de Paul. Elle vit ce dernier grimacer de douleur sous la poigne de fer du jeune homme et il fini par la lâcher. Elle recula précipitamment en vacillant. Elle aurait voulu parler mais les mots n’arrivaient pas à franchir ses lèvres. Les deux hommes allaient ils se battre ?

Sasha était pétrifiée, loin de la juger Shane prenait sa défense avec véhémence. Elle le vit se placer entre Paul et elle pour lui servir de bouclier. Le souffle court, elle fit un pas pour les empêcher d’en venir aux mains mais le ton montait trop vite et l’arrogance de Paul lui faisait mettre de l’huile sur le feu. L’alcool avait affecté sa perception du danger et il ne se rendait pas compte qu’il n’aurait pas l’avantage. Le combat s’engagea avant qu’elle n’ait pu intervenir et elle ne pu que les regarder se battre, impuissante.

Une fois de plus, Paul l’insulta, mettant en doute la bienséance de son comportement. La colère monta en elle et elle dû s’avouer qu’elle aurait aimé être un homme et lui régler elle-même son compte. C’est lui qui osait lui donner des leçons ave ce qu’il lui avait odieusement proposé. Elle le regardait toiser Shane de toute sa superbe en se demandant ce qu’elle avait bien pu lui trouver pour accepter de se fiancer avec lui.

Au final leur empoignade ne dura pas longtemps et Shane mit Paul à terre d’un puissant coup à la mâchoire. Son ex fiancé était presque sonné et ne se releva pas tout de suite. Elle en profita pour se précipiter sur Shane, posant sa petite main fine sur son bras pour l’empêcher de finir ce qu’il avait commencé.

- Shane, je vous en prie. Il n’en vaut pas la peine, lui dit elle d’un ton suppliant. Venez.

Elle entraîna le jeune homme avec elle vers la maison, ne sachant trop quoi dire. Alors qu’ils arrivaient en haut des quelques marches qui menaient à la porte d’entrée, la voix pâteuse de Paul s’éleva dans leur dos.

- C’est ça gamin, prend la si tu la veux et amuse toi bien surtout. Mais tu vas être déçu, elle ne valait vraiment pas le voyage depuis ta banlieue de minables.

Sasha attrapa aussitôt le bras du jeune homme pour éviter qu’il ne reparte à l’assaut.

- Non, c’est de la provocation. Je me fiche de ce qu’il pense ou dit. J’ai ma conscience pour moi.

Elle le fit de nouveau entrer dans la maison et referma la porte derrière elle sans un regard pour Paul qui les invectivait depuis le jardin.

Elle conduisit le jeune homme dans son salon avant de sortir de la pièce pour aller chercher un linge et de l’eau. La pièce était comme le reste de la maison, à l’image de Sasha. Les plantes régnaient en maîtresses mais elles avaient dû faire un peu de place à des bibliothèques qui se chargeaient de nombreux ouvrages. Les œuvres classiques y côtoyaient des romans plus modernes que l’on aurait eu peine à imaginer chez une jeune femme.

Sasha revint avec un bol d’eau et approcha un tabouret du fauteuil où elle avait fait asseoir Shane. Elle rejeta une longue mèche rousse derrière son épaule d’un revers gracieux de la main puis commença à nettoyer délicatement la plaie que le jeune homme avait au visage sans oser le regarder dans les yeux. Elle avait mis un peu d’alcool dans l’eau tiède qu’elle avait apportée. Cela piquerait sûrement mais c’était le seul moyen d’éviter que les plaies ne s’infectent.

- Je suis désolée Shane. Je suis vraiment confuse que vous ayez dû assister à une scène pareille et plus encore que vous ayez été impliqué.
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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Ven 1 Juin - 13:11

Shane, le souffle court, essuya le sang sur son menton du revers de sa main, sans quitter Paul des yeux. Il repensa à la fois où l’un de ces anciens «camarades» de classe lui avait manqué de respect un an et demi plus tôt et avait subit le même sort. Il avait neigé ce jour-là et le jeune homme rentrait chez son oncle après le travail lorsqu’il croisa ce William. Il ne lui adressa qu’un bref regard, ne ralentissant pas même son allure. L’autre se mit à le suivre, ricanant et déblatérant des insultes jusqu’à ce que Shane s’arrête, n’y tenant plus. S’ensuivit une courte échauffourée qui laissa William à quatre pattes sur le pavé, la main serrée sur son nez brisé. Shane l’avait laissé là et était reparti en silence, sans un regard en arrière. Le lendemain, William l’attendait à quelques centaines de mètres de la forge, dans un coin sombre, avec quatre comparses. Seule l’intervention de McAllister, qui avait entendu des cris sauvages, évita à Shane de rendre l’âme ce jour-là. Le forgeron fit fuir la bande et ramena le jeune homme en sang et couvert d’ecchymoses chez son oncle qui appela le médecin, au grand dam de sa femme qui se plaignit du coût exorbitant que cela allait engendrer. Le lendemain fut le seul jour de labeur que Shane manqua en six ans. Il se demanda si le dandy se vengerait. La main fraîche de Sasha sur son bras le tira de ses pensées.

- Shane, je vous en prie. Il n’en vaut pas la peine, lui dit-elle d’un ton suppliant. Venez.

Pensait-elle vraiment qu’il allait l’achever? Evidemment, il lui aurait remis un bon coup si Paul était revenu à la charge, mais de là à le tuer… Il acquiesça lentement avant de la suivre.

- C’est ça gamin, prends-la si tu la veux et amuses-toi bien surtout. Mais tu vas être déçu, elle ne valait vraiment pas le voyage depuis ta banlieue de minables.

Shane se figea, mais Sasha le retint d’y retourner.

- Non, c’est de la provocation. Je me fiche de ce qu’il pense ou dit. J’ai ma conscience pour moi.

Il hésita, fermant les yeux quelques secondes pour se calmer et pénétra dans la chaumière. Il la laissa l’entraîner jusqu’au salon et s’assis plus lourdement qu’il n’aurait voulu sur le fauteuil qu’elle lui indiqua. Il était terriblement las et cet épisode désastreux l’avait fait puiser dans ses réserves, sans compter qu’il n’avait presque rien avalé de la journée, hormis un en-cas dans le train et les biscuits de Madame Smith.

Shane remis ses manches en ordre lorsque Sasha s’absenta, cachant à nouveau en partie sa main brûlée, dont la peau rouge et luisante n’était pas belle à voir. Il eut un léger mouvement de recul et grimaça lorsque la jeune femme appliqua le tissu sur sa lèvre blessée. Cette fois au moins il n’aurait pas à s’expliquer auprès de son oncle et McAllister ne poserait pas de question, mais n’en penserait pas moins. Le jeune homme regarda la fleuriste en détail, son visage si près du sien, mais elle ne releva pas les yeux vers lui, ce qui le désola. Elle devait croire qu’il était un rustre et une brute, ce qui n’était pas entièrement faux, mais ce n’était pas cette facette-là de sa personnalité qu’il aurait voulut qu’elle garde de lui. Allait-elle le mettre dehors? Il ne lui en voudrait pas si c’était le cas et fut étonné lorsqu’elle s’excusa de ce qui était arrivé.

- C’est rien Mam’zelle Sasha… C’est moi qui suis désolé d’être allé si loin. J’ai pas supporté qu’on vous manque de respect.

La jeune femme repartit et il l’entendit s’activer pour préparer le repas. Il fit quelques pas dans le couloir, s’arrêtant avant la porte de la cuisine.

- J’peux vous aider?

La fleuriste lui répondit par la négative et il retourna donc au salon. Il en profita pour faire le tour de sa bibliothèque et esquissa un sourire en découvrant de nombreux romans de Jules Vernes, notamment «De la Terre à la Lune» et «La maison à vapeur», ses préférés. Son oncle lui avait donné goût à la lecture avec ces ouvrages qu’il avait dévorés à plusieurs reprises, rêvant de réaliser pareils exploits. Cependant, il n’aurait pas imaginé qu’une jeune dame puisse y trouver un quelconque intérêt, mais une fois de plus Sasha n’était pas comme les autres.

Au bout d’un moment, un délicieux fumet lui parvint des fourneaux et son ventre gronda.
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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Ven 1 Juin - 21:09

Sasha se mordilla la lèvre quand il recula alors qu’elle le soignait. Elle savait que l’alcool le faisait souffrir et cela la désolait mais il valait mieux nettoyer la plaie tout de suite. Il en avait sûrement vu d’autre vue la façon dont il se battait mais ce n’était pas une raison et elle lui était très reconnaissante de son intervention. Même si ce n’était pas la première visite de Paul, jamais il n’avait été aussi violent et agressif.

Elle n’insista pas longtemps. Le jeune homme semblait contrarié et elle n’osait toujours pas le regarder. Elle ne voulait pas voir dans son regard le jugement dû aux paroles de son ex fiancé. Elle avait peur qu’il n’ai perdu le respect qu’elle pensait qu’il avait pour elle. Jusque là il avait été d’une galanterie irréprochable. Il avait même volé à son secours et s’était dressé tel un ange vengeur entre Paul et elle. Il n’avait pas hésité une seconde et l’avait fortement impressionnée. De nouveau elle remit une mèche de ses cheveux en place d'un geste gracieux.

- C’est rien Mam’zelle Sasha… C’est moi qui suis désolé d’être allé si loin. J’ai pas supporté qu’on vous manque de respect.
- Ce n’est pas vous qui êtes allé trop loin Shane, c’est lui. Il a bien cherché ce qui lui est arrivé. Il se croit tout permis. Merci d’être intervenu.

Alors qu’elle retournait dans la cuisine pour préparer le repas elle réalisa que c’était la première fois que l’opinion qu’une personne avait d’elle lui importait autant. Elle qui se moquait éperdument de ce que les gens de Stamford pensaient d’elle voilà qu’elle se morfondait à la pensée qu’un jeune homme qu’elle ne connaissait que depuis quelques heures puisse avoir un mauvaise image d’elle. Elle se passa la main sur le front et commença à préparer le dîner. Elle retroussa ses manches et soupira en regardant les marques violacées qui prenaient une vilaine teinte noirâtre sur son poignet. Elle en était quitte pour quelques ragots supplémentaires.

Shane se présenta à la porte de la cuisine et lui proposa son aide. Elle fût abasourdie par sa question. Pas qu’elle n’appréciait pas, au contraire, mais elle n’aurait jamais pensé qu’un homme puisse participer à des tâches si indignes. Elle rougit et déclina son offre. De nouveau elle fut surprise par la tournure que prenaient ses pensées. Elle l’imaginait assis à la table de la cuisine en train de peler des légumes alors qu’elle les faisait cuire. Elle se frappa le front en se traitant mentalement d’idiote. Mais que lui arrivait il donc ?

Quand il n’y eu plus qu’à attendre que le repas soit chaud elle rejoignit le jeune homme au salon. Il ne se rendit pas compte de son retour, perdu dans la lecture de son livre préféré : L’île au Trésor. Elle sourit et profita de ce petit moment pour l’observer à la dérobée. Ses cheveux en bataille lui retombaient sur le front et il esquissait un sourire en tournant les pages avec d'infinies précautions. Une fois de plus son regard fut attiré par ses mains aux longs doigts. Elle les avait vues faire lâcher prise à Paul et là elles se faisaient d’une délicatesse infinies avec les pages fragiles de son roman favori. Elle secoua la tête pour se reprendre et avança silencieusement vers lui. Elle sourit et lui dit d’une voix douce.

- C’est mon livre préféré. Si je devais quitter ma maison en emportant qu’une chose, ce serait ce roman.

Elle était toute proche de lui et passa la main sur l’une des pages qu’il venait de tourner, la caressant du bout des doigts.

- Ce livre a bercé mes nuits pendant des années. Je me voyais scruter l’horizon depuis la vigie d’un navire voguant toutes voiles dehors sur l’océan.

Elle sourit.

- Une fois J’ai même transformé le cabanon de jardin de tante Natacha en un repère de pirates qu’il fallait prendre d’assaut. Loin de me réprimander, elle m’a soufflé des plans retors pour parvenir à mes fins et m’a préparé un gâteau au chocolat en guise butin.

Sasha rit doucement à ce souvenir merveilleux, le regard un peu lointain mais visiblement serein. Elle n’avait vécu que quelques années avec la vieille dame mais n’avait plus manqué de rien et certainement pas d’affection.

- Le dîner sera bientôt prêt, lui dit elle de nouveau souriante. J’imagine que vous aimeriez vous rafraîchir un peu et voir votre chambre avant de passer à table.

De nouveau elle entraîna le jeune homme à travers la maison. Il passèrent à l’étage tout aussi envahi par la végétation. Elle ouvrit la première porte sur sa droite en haut de l’escalier et le précéda dans la pièce. C’était une jolie chambre aux murs passés à la chaux. La pièce était de dimension agréable, décorée simplement mais avec goût. Dans cette pièce également, un mur était couvert de livres. La grande fenêtre donnait sur le jardin à l’arrière de la maison. Il y avait aussi une commode avec un miroir et une cuvette de porcelaine délicate que l’on remplissait d’eau à l’aide d’un broc assorti. Sasha se dirigea vers la commodes et sorti une serviette.

- J’espère que ça vous conviendra, dit elle en souriant. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas surtout. Il y a de l’eau là, ajouta t’elle en désignant le broc.

Elle approcha pour lui donner la serviette et spontanément elle posa un tout petit baiser sur sa joue.

- C’est pour vous remercier d’avoir pris ma défense tout à l’heure.

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et sorti de la pièce en fermant la porte. De nouveau elle évita son regard de peur de faire concurrence aux pivoines de son jardin.

Elle rejoignit sa cuisine en attendant qu’il se soit rafraîchi et finit de préparer le repas. Elle sorti la tourte à la viande du four, et disposa le reste des plats sur la table ainsi qu’une tarte à la rhubarbe, du pain frais et du beurre. Elle avait fini de tout installé quand elle se demanda si le jeune homme aimait les plats qu’elle avait préparés. Elle ne lui avait même pas demandé son avis, toute à ses pensées.
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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Dim 3 Juin - 11:36

Shane trouva «L’île au trésor» parmi les ouvrages de Jules Vernes et le parcourut, recherchant les passages qu’il avait apprécié étant enfant. L’édition qu’il avait entre les mains n’avait évidemment pas la même qualité de celle qui trônait dans la bibliothèque de son oncle et il la manipula avec moult précautions.

Lorsque Sasha se plaça à ses côtés, il l’écouta en silence, suivant des yeux sa main qui effleurait la page sur laquelle il s’était arrêté. Il aurait donné cher pour la voir enfant, jouant aux pirates avec sa tante et encore d’avantage pour pouvoir y jouer avec elle. Il repensa à ses années d’enfance, mais hormis le temps passé avec son oncle, il ne trouva pas beaucoup de souvenirs heureux; entre sa tante Mary qui lui menait la vie dure et les élèves de sa classe qui, au mieux, le mettaient à l’écart ou s’arrangeaient pour qu’il écope des punitions à leur place.

- Une fois J’ai même transformé le cabanon de jardin de tante Natacha en un repère de pirates qu’il fallait prendre d’assaut. Loin de me réprimander, elle m’a soufflé des plans retors pour parvenir à mes fins et m’a préparé un gâteau au chocolat en guise butin.

Elle rit doucement et il fit de même, chassant ses mauvaises pensées.

- Le dîner sera bientôt prêt, lui dit-elle de nouveau souriante. J’imagine que vous aimeriez vous rafraîchir un peu et voir votre chambre avant de passer à table.
- Avec plaisir.

Il la suivit à l’étage, admirant les superbes plantes au passage avant d’entrer dans la chambre. C’était si coquet et chaleureux! Il regarda la fleuriste prendre une serviette dans la commode.

- J’espère que ça vous conviendra, dit-elle en souriant. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas surtout. Il y a de l’eau là, ajouta-t-elle en désignant le broc.
- Merci beaucoup, Mam’zelle Sasha. Même la reine doit pas avoir une si jolie chambre.

Shane prit la serviette lorsqu’elle la lui tendit et resta interdit quand les lèvres de la jeune femme plaquèrent un petit baiser sur sa joue. Il lui aurait bien rendu, mais elle était déjà dehors et avait refermé la porte. Il esquissa un sourire et se dirigea vers la cuvette où il fit couler un peu d’eau, après avoir déposé la serviette à côté. Il se lava consciencieusement les mains et le visage, puis jeta un œil à son reflet dans la glace et soupira; le coin de sa bouche virait au bleu-violacé et sa lèvre fendue était légèrement enflée. Il remit un peu d’ordre dans ses cheveux et dans sa tenue avant de descendre la rejoindre à la cuisine, où le délicieux fumet fit à nouveau gronder son estomac.

- Ça sent rudement bon! Je suis affamé.

Shane sourit et s’assit sur la chaise qu’elle lui désigna. Il attendit qu’elle eût rempli les assiettes avant de prendre en main ses services, de lui souhaiter un bon appétit et d’avaler une première bouchée qu’il savoura longuement, tant le plat était exquis. Il n’avait jamais mangé quelque chose d’aussi bon, à part peut-être les biscuits de Madame Smith. Les repas qu’il avait d’habitude se bornaient à du porridge ou des galettes de céréales, quelques légumes et du pain. La viande était rare et réservée au dimanche ou aux repas de fête.

- Quel festin, c’est vraiment délicieux. Z’êtes un vrai cordon bleu!

Il avala les bouchées suivantes comme un ogre, avant de s’arrêter, voyant le regard étonné de la jeune femme. Il rougit légèrement et s’excusa, riant doucement, puis se força à manger plus lentement et de façon plus civilisée. Il reprit trois fois au moins de chaque plat et aurait même léché son assiette si la bienséance le lui avait permis.

Tout en mangeant, il lui demanda depuis combien de temps elle était ici et ce qui l’avait fait venir, l’origine de son joli nom et comment elle était devenue fleuriste. Il ne revint pas sur Paul, pour ne pas la mettre mal à l’aise, même s’il aurait aimé savoir ce qu’il était pour elle. A la fin du repas, il s’essuya la bouche et insista pour l’aider à débarrasser la table. Il refusa poliment le thé qu’elle lui proposa, prétextant qu’un verre d’eau lui suffirait. Ils discutèrent encore un moment, puis se souhaitèrent la bonne nuit, gagnant chacun sa chambre.

Shane se déshabilla et se glissa sous les couvertures, mais son esprit était trop agité et il ne trouva à nouveau pas le sommeil. Il se releva et enfila simplement ses pantalons avant de descendre en silence. Il sortit de la maison dans la fraîcheur de la nuit. Paul n’était plus là et c’était bien ainsi. Il fit le tour de la petite bâtisse et s’installa sur un banc dans le jardin. Il roula une cigarette qu’il alluma, puis il étendit ses jambes, se laissa aller en arrière, la nuque posée sur le dossier du banc. Il s’extasiait devant le spectacle de ses millions d’étoiles, dont on ne voyait pas la moitié à Londres même après une bonne averse, en exhalant doucement la fumée par le nez.
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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Dim 3 Juin - 18:40

Shane ne mit pas très longtemps à la rejoindre à la cuisine. Elle le regarda entrer en souriant puis l’invita à s’asseoir.

- Ça sent rudement bon! Je suis affamé.

Elle le servit puis lui souhaita également bon appétit en s’installant à son tour. Elle le vit dévorer ce qu’elle avait préparé et rit doucement avec bienveillance, le remerciant de faire ainsi honneur à ses plats. Il lui faisait penser à un petit garçon affamé. Elle le vit regarder la tourte à la viande d’un air épaté. La viande n’était pas forcément un met courant mais au printemps, les paysans du coin tuaient l’agneau ou certains veaux. Comme Sasha avait l’habitude de souvent rendre service, elle était souvent remerciée par des légumes frais, une pièce de viande ou des œufs. Elle ne manquait jamais de rien.

Ils devisèrent tranquillement pendant le repas. Elle cherchait à lui faire oublier l’intervention déplacée de Paul et à maintenir une ambiance aussi détendue que possible. Elle ne s’attendait pas vraiment à ce qu’il lui pose des questions sur sa vie. Elle qui était plus accoutumée à faire parler les gens d’eux, se retrouvait sur la sellette. Elle n’aimait pas parler d’elle et souvent, elle résumait sa vie au 10 dernières années, éludant autant que possible les questions sur son passé. Elle refusait d’y penser et considérait que c’était une autre vie.

- Je suis arrivée à Stamford il y a un peu plus de quatre ans, commença t’elle. Quand Tante Natacha est décédée, elle m’a laissé tout ce qu’elle avait. J’ai cherché un endroit paisible où m’installer et je suis arrivée ici. Au départ, j’étais juste venue pour admirer les gardénias de Madame Jones pendant une escale de train. Finalement, nous avons discuté et j’ai raté mon train. J’ai pris le suivant qui repartait vers Birmingham et j’ai cherché une maison à acheter ici. Quand je l’ai trouvé, je suis venue m’installer. Madame Jones m’a engagée comme assistante dans sa boutique et je ne suis plus repartie.

Elle sourit doucement.

- Les gens d’ici jasent un peu, voir beaucoup mais ils ne sont pas foncièrement mauvais. Peut être sont ils simplement moins ouverts qu’à la ville. Leurs remarques à mon sujet sont souvent plus paternalistes qu’accusatrices. Ils me considèrent comme un brin étrange et ont du mal à me comprendre, mais j’avoue que la réciproque est vraie aussi.

Elle rougit et baissa les yeux sur son assiette quand il lui demanda l’origine de son prénom, elle ne savait pas vraiment quoi lui répondre. Jamais elle n’avait raconté la manière dont elle avait été « baptisée » si tant est que l’on puisse utiliser cette expression dans son cas.

- Je n’ai aucune idée de l’origine de ce prénom, dit elle simplement.

Elle sourit de nouveau et engagea la conversation sur un autre sujet en lui resservant des pommes de terre au four. Elle lui parla de son don étrange avec les plantes et la manière dont elles se développaient sous l’effet de ses soins quotidiens. Sasha était intarissable au sujet des plantes. Elle lui parla de toutes les espèces qu’elle avait réussi à acclimater dans son jardin et des attentions particulières que chacune demandait. Sasha était enthousiaste et gai. Elle riait souvent en lui racontant telle ou telle anecdote et en lui décrivant les multiples positions dans lesquelles elle trouvait Omer, le gros chat roux de Madame Jones.

La fin du repas se passa dans la bonne humeur et elle ne pu, cette fois, refuser l’aide du jeune homme pour débarrasser la table et faire la vaisselle. D'autant qu'elle n’avait pas vraiment envie de refuser, cherchant le moindre prétexte pour prolonger la soirée. Elle lui passa donc un torchon et ils continuèrent à bavarder tranquillement tout en rangeant la cuisine. Elle fut impressionnée par son efficacité et une fois de plus elle rougit légèrement.

Une fois que tout fut en ordre, elle lui proposa un thé qu’il déclina poliment. Elle se rappela qu’il avait très largement sucré celui que leur avait préparé Madame Smith plus tôt dans l’après midi et se dit qu’il n’aimait peut être pas ce breuvage. Elle n’insista pas et ils bavardèrent encore un moment. Finalement, ils se souhaitèrent bonne nuit et gagnèrent leurs chambres respectives.

Sasha se coiffa lentement en repensant à cette étrange mais délicieuse journée. Elle savait qu’elle n’arriverait pas à dormir. Elle soupira doucement à la pensée que le jeune homme repartirait au matin. Il était le premier avec qui elle ne se sentait pas bizarre en parlant de ses lectures. Loin de la regarder comme une bête curieuse parce qu’elle aimait les romans d’aventure, il avait sourit, comme s’il pouvait la comprendre. Elle éteint sa lampe à huile puis ouvrit la fenêtre donnant sur son jardin. La nuit était douce et claire. Elle aurait aimé qu’il soit de la région, ils auraient pu se revoir, apprendre à se connaître, peut être devenir amis.

Elle se laissa emporter par les parfums montants des massifs qu’elle entretenait avec tant d’affection, en lissant une à une les longues mèches de ses cheveux. Adossé au chambranle de la fenêtre elle écoutait les insectes nocturnes en repensant au jeune homme qui dormait dans la pièce voisine. Il était la première personne qu’elle rencontrait à ne pas s’offusquer de ses élans spontanés. Il ne l’avait pas non plus regardée de travers en revenant à la cuisine et n’avait pas fait mention de son comportement que les gens auraient normalement trouvé déplacé dans la chambre. Il n’avait pas non plus pris son geste pour une invitation ou une tentative de séduction, ce qu’elle appréciait grandement.

Quel mal tous ces gens voyaient il à un simple baiser sans arrière pensée ? Elle avait eu envie de le remercier de son intervention, de le remercier d’être différent. Pourquoi la société y voyait elle tant de mal. Elle ne l’avait pas invité dans son lit que diable. Et quand bien même, ça ne regardait qu’elle et lui, pas la ville entière.

Elle aperçut une ombre qui contournait la maison et plissa les yeux, de là où elle se trouvait elle ne pouvait savoir de qui il s’agissait. Elle sortit silencieusement de sa chambre et contourna la maison, se préparant à affronter Paul qui avait dû traîner dans le coin.

En arrivant dans la partie du jardin où elle avait aperçu la silhouette pour la dernière fois elle réalisa qu’il ne s’agissait pas de Paul mais de Shane. Il était tranquillement installé sur un banc et regardait le ciel. Elle hésita à s’en retourner dans la maison en le laissant tranquille mais quelque chose la retenait. Elle se racla la gorge et approcha. Ses pas crissèrent doucement sur les graviers de l’allée. Elle espérait ne pas le surprendre cette fois.

- Vous n’arrivez pas à dormir ?

Elle vint s’installer à côté de lui sur le banc étroit et se cala pour regarder les étoiles elle, aussi. Elle tourna les yeux vers lui et réalisa qu’il était à moitié nu. Elle remercia la providence qu’il fasse nuit et qu’il ne puisse pas voir qu’elle était devenue cramoisie. Elle n’était pas choquée mais attirée et c’est ce qui la faisait rougir. Elle ne bougea pas pour autant, espérant qu’il n’allait pas la prendre pour une femme légère mais elle dû bien avouer qu’elle n’avait pas envie de s’éloigner. Bien au contraire elle se demandait quel effet cela lui ferait de caler sa tête contre l’épaule musclée du jeune homme, de sentir son bras s’enrouler autour de ses épaules. Elle se contenta de se caler contre le banc et de lever les yeux vers le ciel. Le jeune homme allait repartir et elle voulait profiter de chaque instant en sa compagnie. Pour cacher son accès de timidité elle se mit à parler, lui montrant les constellations que l’on voyait de son jardin par cette nuit si claire. Bien sûr elle ne les connaissait pas toutes, loin de là, mais elle savait en reconnaître quelques unes. Elle aurait aimé rester là toute la nuit mais elle sentait la fatigue la gagner et elle se disait par moment qu’il serait plus raisonnable qu’elle retourne se coucher.

Alors qu’ils contemplaient le ciel en silence l’espace d’un instant elle ferma les yeux pour savourer la douceur de la soirée et comme elle sombrait dans le sommeil sa tête roula contre l’épaule du jeune homme installé à ses côtés.
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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Lun 4 Juin - 14:10

Shane éteignit sa cigarette dans la terre et glissa le mégot dans sa poche avant de reprendre sa position initiale. Il repensa à la conversation qu’ils avaient eue à la cuisine au sujet du prénom de la jeune femme et comment elle avait changé de sujet après avoir lui répondu laconiquement. Il soupçonnait qu’elle non plus ne devait pas avoir un passé agréable, à part ce qui avait attrait à sa tante Natacha. Cela leur faisait un point commun supplémentaire.

Il ne la trouvait pas si originale que cela, mais peut-être était-ce dû au fait qu’il ne côtoyait pas beaucoup les gens «normaux» non plus. La plupart du temps, il évitait les contacts, ceux qu’il avait eut par le passé n’ayant pas vraiment tourné à son avantage. Il s’en tenait donc au strict minimum lorsqu’il était confronté à ses semblables, tout en restant aimable.

Les pas sur le gravier le firent sortir de ses pensées et tourna la tête pour apercevoir Sasha qui le rejoignait.

- Vous n’arrivez pas à dormir?
- J’voulais voir ces fameuses étoiles avant d’repartir, mentit-il en esquissant un sourire.

Il ne lui avouerait pas qu’elle ne quittait pas son esprit et que la perspective de la laisser le lendemain pour ne plus jamais la voir le rendait terriblement triste. Que n’aurait-il pas fait pour pouvoir rester encore un peu?

Il s’écarta tant qu’il put pour lui laisser un peu de place, mais le banc n’était pas bien large. Elle était si proche de lui qu’il pouvait sentir sa chaleur et son parfum fleuri. Il s’en voulut d’être sorti si peu vêtu et espéra qu’elle n’en serait pas gênée. Il pensait qu’elle dormait déjà depuis longtemps et n’aurait jamais imaginé qu’elle viendrait le rejoindre si tard dans la nuit.

Il s’émerveilla de découvrir les étoiles et les constellations qu’elle lui montrait, se demandant s’il pourrait en retenir quelques-unes et les retrouver à son retour à Londres. Il sut qu’à chaque fois qu’il regarderait le ciel, il penserait à elle, à sa douceur et sa gentillesse. Il se promit que s’il réussissait un jour à fabriquer le réacteur à vapeur, il lui donnerait le nom d’Orion, la première constellation qu’elle lui avait montrée.

Tout à ses réflexions, il ne remarqua qu’elle s’était endormie que lorsque la tempe de la jeune femme s’appuya sur son épaule. Il haussa un sourcil avant de sourire doucement, puis ferma les paupières pour humer ses cheveux, se concentrant pour pouvoir se rappeler de cette douce odeur quand il penserait à elle, ce qui ne manquerait pas d’arriver.

Shane la regarda longuement, écoutant sa respiration paisible qui se mêlait au chant des insectes nocturnes, puis se dit qu’elle allait prendre froid s’ils restaient là encore longtemps. Il passa lentement un bras autour des épaules de Sasha, l’autre se glissa sous ses genoux et il la prit dans ses bras en se levant. Comme elle était légère! Elle ouvrit à peine les yeux lorsqu’il la souleva, le regarda dans un demi-sommeil et se blottit contre lui, se rendormant à nouveau complètement. Il contourna la maisonnette, prenant garde à ce que la tête de la jeune femme ne glisse pas en arrière et poussa la porte du pied. Il grimpa l’escalier et entra dans la chambre de la fleuriste pour la déposer avec douceur sur son lit avant de la border. Il déposa un baiser sur son front après avoir écarté quelques mèches et sortit de la pièce. Shane se retourna pour la regarder encore un long moment, puis ferma la porte et rejoint son propre lit où, après s’être tourné et retourné pendant une bonne heure, il parvint enfin à trouver le sommeil.

A quatre heures, comme à l’accoutumée, il se réveilla et il lui fallu quelques instants pour réaliser où il se trouvait. Il bâilla avant de sortir de son lit et s’étira longuement en grimaçant, ses vertèbres craquant les unes après les autres. Ce matelas était décidément trop mou pour lui. Il se débarbouilla avant de s’habiller et descendit dans la cuisine. Evidemment il était bien trop tôt pour que la jeune femme ne soit déjà debout. Il hésita à s’éclipser, évitant ainsi les adieux qu’il redoutait déjà mais, se traitant de lâche, il décida plutôt de sortir en quête d’une boulangerie.

L’aube pointait à peine à l’horizon lorsqu’il quitta la chaumière pour se diriger sur la place centrale. Il suivit la douce odeur de pain chaud pour trouver l’échoppe qu’il convoitait, mais elle n’était pas encore ouverte. N’osant déranger le boulanger dans son travail, le jeune homme décida de faire une promenade dans la campagne. Il emprunta le premier chemin qui s’offrit à lui. Il longea des champs d’orge et de blé avant de monter doucement jusqu’à une magnifique forêt qu’il arpenta une heure durant, tous ses sens émerveillés. Il revint en ville par un autre chemin et s’arrêta dans une ferme pour acheter quelques œufs à la brave paysanne qui sortait ses chèvres, puis revint à la boulangerie et prit deux belles brioches. Tout cela avait bien entamé le peu d’argent qu’il avait prit avec lui, mais il n’en avait cure, il voulait remercier Sasha de son généreux accueil.

Il rentra chez la fleuriste vers sept heures et passa par le jardin pour cueillir les deux seules herbes aromatiques qu’il connaissait avant d’aller dans la cuisine. Il déposa les brioches dans une assiette, fit un feu dans le fourneau et cuisina une belle omelette, espérant que l’odeur allait faire sortir Sasha de sa torpeur.
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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Lun 4 Juin - 21:42

Sasha se réveilla en sursaut, émergeant d’un sommeil sans rêve. Elle regarda la petite horloge posée sur sa coiffeuse dont les aiguilles phosphorescentes luisaient faiblement dans l’obscurité de sa chambre. Quatre heures trente. Elle ne se rappelait pas être remontée se coucher. Elle se souvenait que Shane et elle discutaient sur le banc de son jardin, la tête dans les étoiles. Elle se rappelait qu’elle n’avait pas envie que la soirée se termine et puis la nuit l’avait aspirée.

Elle baissa le regard vers les couverture et s’aperçu qu’elle était toute habillée. Elle sourit légèrement puis tendit l’oreille, sur le qui vive. Elle avait entendu la porte s’ouvrir. Elle l’entendit aussi se refermer avant que des pas ne fassent crisser les graviers de l’allée. Sasha laissa retomber sa tête sur l’oreiller. Il était parti.

Elle ne savait pas si elle était déçue ou si elle préférait que les choses se passent ainsi. Cela lui épargnait de pénibles au revoir dont le jeune homme n’avait sûrement rien à faire. Elle enfouit son visage dans l’oreiller, rabattant la couverture sur sa tête en se traitant d’idiote. Qu’espérait elle, enfin ! A quoi s’était elle attendu ? Elle soupira et se retourna sur sa couche, fixant le plafond sans le voir. Elle aurait voulu… Qu’aurait elle voulu au juste ? Elle ne le connaissait même pas. Tout ce qu’elle savait de lui c’est qu’il avait été d’une gentillesse et d’une galanterie irréprochable. Qu’il n’avait pas cherché à la séduire avec des compliments ronflants et des attentions onctueuses. Il avait juste fait attention à elle, à celle qu’elle était en réalité. Il avait vu la petite fille qui voulait devenir pirate et avait sourit comme s’il la comprenait, comme s’il comprenait qu’une femme puisse avoir ce genre de rêve et comme si cela ne le gênait pas.

De toute façon, que lui aurait elle dit ? Si ce n’est : Bon retour à Londres ! Elle se sentait ridicule et triste. Pour une fois qu’elle rencontrait une personne avec qui elle n’avait pas peur d’être elle-même, cette personne ne faisait que passer dans sa vie. C’était ainsi, il faudrait s’y faire. C’était aussi le prix des choix qu’elle avait fait. Elle avait voulu vivre à la campagne et mener une existence paisible. Elle devrait finir par s’accoutumer à ce que son existence soit aussi ennuyeuse. Elle se recoucha sur le côté et ferma les yeux, se laissant aspirer doucement par le sommeil.

Elle se réveilla de nouveau avec une étrange impression. Le jour se levait tranquillement, éclairant doucement le parquet de sa chambre de raies dorées. Sasha sentait quelque chose d’inhabituel. Elle s’assit dans son lit en se frottant les yeux puis commença à renifler doucement. Elle cligna des yeux en se disant qu’elle devait être tellement affamée qu’elle en avait des hallucinations. Pourtant l’odeur alléchante était bien là. Elle sorti de sa chambre et entendit des bruits à la cuisine. Arrivée devant la porte elle vit les larges épaules de Shane, de dos, penché sur le fourneau. La table était mise pour deux et il y avait même des brioches. Un sourire radieux éclaira son visage, elle se sentait comme une enfant le matin de noël. Son cœur cognait comme un sourd. Elle qui quelques heures plus tôt se disait qu’il valait mieux qu’il soit parti était heureuse de le trouver dans sa cuisine. Souriant comme une idiote elle approcha de la table.

- Bonjour. J’espère que vous avez pu dormir un peu, dit elle en souriant d’un air radieux.

Elle s’approcha et lui proposa son aide pour finir de faire le petit déjeuner. Il s’assirent et discutèrent encore de tout et de rien un long moment en dégustant la délicieuse omelette et les brioches. Mais le temps passait trop vite et l’heure du train de Shane aussi. Pendant qu’il était parti récupérer ses affaires dans la chambre, elle lui prépara un en cas pour la journée dans une petite boite de fer blanc martelé. Elle y mit de la tourte, du pain, du fromage et de la tarte à la rhubarbe. Elle glissa également l’exemplaire de l’île au trésor qu’elle avait dans sa bibliothèque, bien enveloppé dans un linge. Elle ferma la boite et fit promettre au jeune homme de ne pas regarder le contenu avant que le train ne soit parti. Elle l’accompagna jusqu’à la gare pour lui faire ses adieux, restant un long moment à contempler les voies, bien après que le convoi ait totalement disparu à l’horizon.
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Shane Briggs

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MessageSujet: Re: Stamford ou les joies de la campagne   Mar 5 Juin - 12:33

Shane avait presque terminé son omelette lorsqu’il entendit la douce voix de la jeune femme.

- Bonjour. J’espère que vous avez pu dormir un peu, dit-elle en souriant d’un air radieux.

Il se retourna pour la regarder et sourit à son tour. Elle était toujours aussi splendide, même avec ses vêtements froissés, qui témoignaient qu’elle avait dû dormir avec toute la nuit.

- Bonjour Mam’zelle Sasha! J’ai dormi comme un loir, c’est gentil d’vous inquiéter et j’espère qu’vous avez fait d’même. J’me suis permis d’préparer l’petit déjeuner, j’espère qu’ça vous dérange pas et qu’ce sera pas trop mauvais. J’voulais vous remercier de tout c’que vous avez fait pour moi. C’est pas grand-chose en comparaison, mais c’est tout c’que j’ai trouvé.

Il accepta son aide pour terminer de tout préparer et mangea avec appétit. Il lui narra sa promenade matinale, s’extasia sur la magnifique forêt où il avait vu des animaux sauvages, bien qu’il ne sût pas exactement de quelles espèces il s’agissait.

Il est vrai qu’à part le parc de Battersea, il n’était jamais allé dans la nature et cette escapade dans les bois le marquerait sans doute pour très longtemps. Se retrouver parmi ce tableau sans fin de troncs et de verdure, entouré du chant des oiseaux aura été pour lui une expérience quasi mystique. Il avait ressenti quelque chose de très fort, mais il ignorait ce que c’était.

Il lui parla de la sympathique fermière qui avait eu la bonté de faire une pause dans son travail pour lui vendre les gros œufs qu’ils dégustaient et du boulanger, qui souriait gaiement, son visage enfariné.

Tout le monde avait l’air si heureux ici et la perspective de rentrer à Londres le désolait de plus en plus. Il aurait bien tout envoyé balader pour s’installer à Stamford et demander Sasha en mariage. Il soupira intérieurement et se traita d’idiot, après tout il n’avait aucune situation et rien à lui offrir, sans compter qu’il n’avait pas un sou. Il savait que son apprentissage se terminerait bientôt et il devrait alors quitter McAllister pour se trouver une nouvelle place de travail ou ouvrir sa propre échoppe. Encore de longs mois, voire des années de vache maigre en perspective… jamais il ne proposerait à une femme, encore moins à une dame comme Sasha, de le suivre dans cette galère.

Il chassa ces noires pensées et profita tant qu’il put des dernières heures qu’il pouvait passer en compagnie de la fleuriste. Elles furent joyeuses et si agréables qu’il aurait bien laissé son train partir sans lui pour pouvoir en jouir encore un peu, mais ce n’était pas possible. Son patron comptait sur lui et il lui avait déjà fait perdre assez de temps.

L’heure du départ approcha bien trop vite et il monta à l’étage récupérer ses affaires. A son retour, Sasha lui tendit une boîte qu’il prit en haussant un sourcil. Il en fût gêné et la remercia maintes fois, lui disant qu’elle lui avait déjà donné tellement, que ce cadeau supplémentaire n’était pas nécessaire… Intrigué, il promit à la jeune femme de ne pas l’ouvrir avant que le train n’ait quitté la petite ville et il glissa le paquet sous son bras.

Il s’imprégna une dernière fois de l’atmosphère de la maisonnette et sortit à la suite de la jeune femme, qui eût la bonté de l’accompagner à la gare. Le soleil brillait à nouveau comme la veille et il faisait doux. Ils arrivèrent sur le quai où ils étaient seuls, hormis le chef de gare qui préparait l’arrivée du train, que l’on entendait déjà siffler au loin. Shane fit face à la fleuriste et lui sourit.

- Encore merci pour tout, Mam’zelle Sasha. Mon séjour ici a été l’moment l’plus agréable d’ma vie. J’vous souhaite tout l’bonheur du monde… J’vous oublierai jamais.

Shane hésita un instant puis serra la jeune femme dans ses bras, longuement et en silence, avant de se détourner et d’entrer dans un wagon. Il s’assit à la fenêtre du côté du quai pour la voir encore, lui faisant un signe de la main alors que le train l’emmenait loin d’elle.

Il soupira et aurait sans doute versé quelques larmes s’il en avait été capable, encore d’avantage lorsqu’il ouvrit la boîte et trouva le livre emballé. Ce serait son plus grand trésor et il le rangerait soigneusement avec les carnets et les plans de son oncle. Il enfouit son visage dans le linge pour y sentir l’odeur du bonheur qu’il avait vécu dans ce si paisible endroit.
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